Château fort de Beaurain

Le Château fort de Beaurain

Du haut de sa motte féodale, il surplombait la vallée de la Canche de plus de quarante mètres. Sa construction – par les Comtes de Ponthieu – remonte très probablement au 12ème siècle, lorsque les méthodes de guerre (boulets, projectiles enflammés) rendirent difficile la défense des ouvrages de bois. C’est pourquoi notre château fort… de Beaurainchâteau n’est sans doute pas celui de l’épisode célèbre de notre histoire : la captivité du Comte anglais Harold de Wessex, en 1062.

Solide, défendu par tours d’angle et hautes courtines, il ne laissa pas même entrer les envahisseurs anglais au retour de Crécy, en 1346 ! « tant il estoit fors et bien gardé » dit la chronique… un petit ouvrage avancé semblait se distinguer sur la colline proche de Ricquebourg, peut-être pour surveiller la direction de la menace dominante : celle des comtes de Saint-Pol !

Après les Comtes de Ponthieu, Beaurain devint le domaine de la puissante famille de De Croÿ, quand la Reine Isabeau de Bavière le donna au premier châtelain du nom : Jehan de Croÿ.

C’est ainsi que notre village d’Artois passa un peu plus tard sous domination espagnole, un de nos châtelain étant même général dans les armées de l’Empereur Charles-Quint. Ce qui ne fut pas sans quelques incidents, Beaurain étant juste entre Montreuil, ville fidèlement française et Hesdin, cité espagnole. Le site du Château de Beaurain, paisible et reposant, était très apprécié des châtelaines qui y faisaient volontiers séjour.

Intact jusqu’au ministère de Mazarin, le château de Beaurain fut saccagé par les vandales du capitaine Fargues, un traître installé à Hesdin, à la solde des espagnols ; sombre époque (1659) où furent également démantelés les châteaux forts voisins de Fressin, Labroye, Montcavrel…

Jusqu’à la révolution de 1789, notre château fort resta toujours propriété de la famille De Croÿ, mais il n’était plus qu’une ombre. Son donjon subsista cependant jusqu’en 1822, mais pour édifier une écluse sur la Canche, on n’hésita pas à prélever sans le moindre respect ses belles pierres blanches, ce qui ne laissa qu’un pauvre site vide qu’on appelle encore « la motte féodale », maintenant propriété privée que l’on pouvait encore visiter récemment, sous accompagnement.

Triste fin pour ce qui fut la force et la fierté de Beaurain pendant sept siècles.